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| LES ALAOUITES (1636 à nos jours) |
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La dynastie alaouite qui règne
aujourd’hui encore sur le Maroc en la personne du roi
Mohammed VI est originaire de Yanbo en Arabie. Elle a pour
ancêtre Hassan al-Dakhil, descendant du Prophète,
arrivé au Tafilalet au début du XIIIe siècle
sous le règne du second sultan mérinide, Abou
Yacoub Youssef (1286-1307). La famille chérifienne
jouit aussitôt de la considération attachée
à l’illustre ascendance. Le Tafilalet devient
alors le fief des Alaouites. L’incapacité des
Saadiens à venir à bout de l’anarchie
totale dans laquelle le Maroc est plongé va provoquer
les premières réactions alaouites.
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| Moulay Chérif (1631-1636)
et Moulay Mohammed (1636-1664) |
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C’est à l’âge
de cinquante-deux ans, en 1631, que Moulay Chérif se
voit confier par les habitants du Tafilalet le destin de la
région menacée par l’expansion de la zaouia
de Dila. Chef du Tafilalet, Moulay Chérif fut le premier
chérif à se dresser contre les derniers souverains
saadiens.
Cinq ans après sa désignation, il abdique et
un de ses fils, Moulay Mohammed est choisi par les Filaliens
pour lui succéder. Commençant par asseoir son
pouvoir au Tafilalet même en éliminant ses rivaux,
il réussit ensuite à étendre le fief
filalien vers la Moulouya et la vallée du Draa et se
fait proclamer sultan. Il semblerait que ce soit Moulay Mohammed
qui posa les fondations de la future puissance alaouite. Son
frère, Moulay Rachid, achèvera son œuvre. |
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| Le règne de Moulay
Rachid (1664-1672) |
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Frère cadet de Moulay Mohammed, Moulay Rachid est
le véritable fondateur de la dynastie alaouite. En
moins de dix ans, de 1664 à 1672, Moulay Rachid réussira
à imposer son autorité sur tout le Maroc, commençant
par le contrôle de toute la voie caravanière
de Sijilmassa jusqu'à la basse vallée de la
Moulouya. Cet axe était stratégiquement et économiquement
important puisque d’une part il permettait de relier
la Méditerranée aux confins sahariens et d’autre
part les profits de l’itinéraire marocain du
commerce transsaharien allaient permettre à Moulay
Rachid de financer ses campagnes militaires et d’armer
ses troupes.
En 1668, il entreprit l’élimination de la puissante
zaouia de Dila. Le cœur même de la confrérie,
l’agglomération de Dila, fut prise puis rasée.
L’année suivante, la ville de Marrakech fut conquise
et en 1670, ce fut au tour de la zaouia d’Iligh. Grâce
à ses conquêtes, Moulay Rachid était parvenu
à mettre fin à une longue période d’anarchie.
Politiquement, l’Etat marocain était reconstitué.
L’effort politique ne détourna cependant pas
ce premier grand monarque alaouite de l’œuvre civilisatrice.
C’est ainsi qu’en homme de lettres et en politicien
avisé, il fonda à Fès une des plus grandes
medersas de tout l’Occident islamique, la medersa d’al-Cherratin.
Dès 1672, il porta un intérêt particulier
à la ville de Fès qui connut la paix sous son
règne. Il fait ériger la Qasba (forteresse)
des Cherada au nord de Fès Jdid, la medersa al-Cherratin
(des Cordiers) et un grand pont sur le Sebou.
Mourant accidentellement à la suite d’une chute
de cheval à l’âge de quarante-deux ans,
Moulay Rachid n’eut pas le temps de consolider davantage
son œuvre. Il laissa à son successeur et frère
cadet, Moulay Ismail, un état reconstitué mais
loin d’être totalement pacifié. |
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| Le règne de Moulay
Ismail (1672-1727) |
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Demi-frère de Moulay Mohammed et de Moulay Rachid
et jouissant de la confiance de ce dernier, Moulay Ismail
avait reçu le commandement du Nord du Maroc pendant
que Moulay Rachid combattait dans le sud. Il fut proclamé
sultan alors qu’il résidait à Meknès,
ville dont il était le gouverneur. Moulay Ismail connut
un début de règne très difficile. Il
lui fallut plus de vingt ans pour pacifier le Maroc, triompher
de l’anarchie tribale, des particularismes et affaiblir
la puissance menaçante des confréries religieuses.
Au terme de ces vingt années, il avait réussi
à refaire l’unité politique du Maroc.
Il établit même son autorité en Mauritanie
et au Touat. Durant son long règne, Moulay Ismail allait
faire figure de monarque puissant.
En plus de ces campagnes intérieures, Moulay Ismail
entreprit également la Guerre Sainte, le jihad contre
la présence chrétienne au Maroc. En dix ans,
toutes les bases portugaises ou les places fortes anglaises
furent arrachées par la force : Mehdiya en 1681 ; Tanger
en 1684 ; Larache en 1689 et Arzila en 1691. La seule exception
fut Mazagan qui demeura portugaise jusqu’en 1769. Face
au danger ottoman, Moulay Ismail réussit à mettre
la frontière orientale du Maroc à l’abri
derrière des fortifications et des kasbahs défensives
constituant un dispositif militaire centré sur Taza.
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Une des réussites de ce grand monarque fut l’ingénieuse
réorganisation de l’armée marocaine afin
d’en faire un redoutable outil de guerre. Cette armée
était composée de trois éléments
: les contingents noirs ou abid al-Bokhari, le guich et les
renégats. En effet, Moulay Ismail crée une armée
permanente, les abid al-Bokhari, qu’il répartit
en camps et forteresses à travers le pays. Il réorganise
le guich, sorte de contrat féodal selon lequel des
tribus se voient octroyer des terres en échange du
service militaire. Quant aux renégats, ils constituaient
parfois une partie de l’encadrement des armes techniques
comme l’artillerie ou le génie ou bien encore
ils étaient utilisés comme unités-choc
que le sultan exposait au feu sans tenir compte de leurs pertes.
Au plan extérieur, sous le règne de Moulay
Ismail, le Maroc fut pour l’Europe un partenaire commercial
important, considéré par cette dernière
comme un interlocuteur crédible. Liées au commerce
ainsi qu’au rachat des captifs, des ambassades furent
échangées avec la France et l’Angleterre.
Les principales nations européennes étaient
représentées au Maroc par des consuls.
Cette fois en direction du Sud, Moulay Ismail réussit
à établir son autorité en Mauritanie
et au Touat. Tout le long de l’axe commercial transsaharien
reliant le Maroc à la vallée du fleuve Sénégal
et à la boucle du fleuve Niger, les transactions reposaient
désormais sur la monnaie et sur les unités de
poids et de mesures marocaines. Les populations maures du
Trarza comme celles de Mauritanie considéraient Moulay
Ismail comme leur chérif.
Aussitôt ce grand souverain disparu, les tentations
autonomistes reprennent le dessus. En effet, la période
qui suit la mort de Moulay Ismail, comme celle qui suivit
la mort d’al-Mansour, voit le retour à l’anarchie,
au trouble dû à la lutte de succession. Le Maroc
entre alors dans une période d’anarchie largement
due à l’armée qui, au gré de ses
sentiments ou de ses intérêts, fait et défait
les sultans toujours choisis au sein de la famille alaouite.
Il est fondamental de noter qu’en dépit de cette
crise gravissime, la dynastie alaouite ne fut jamais remise
en question.
Durant trente années (1727-1757), l’armée,
vidant les coffres de l’Etat, provoque la dévastation
et entraîne la ruine du pays, des crises alimentaires
et même un début de famine. Sept fils de Moulay
Ismail vont se battre pour le trône. A eux sept, ils
auront douze règnes puisque certains, après
avoir été renversés, reviendront au pouvoir.
Moulay Abdallah fut cinq fois intronisé et renversé.
Ayant à mater la révolte des habitants de Fès,
il fait édifier une maison de campagne fortifiée
et une mosquée au sud de Fès, Dar Dabibagh (Maison
du Petit Tanneur) et fait démanteler une partie des
remparts. Il édifie également à Fès
le fondouk et la fontaine Nejjarin (des Menuisiers). En 1732,
il fait ériger la mosquée de Moulay Abdallah
à Fès-Jdid. C’est une mosquée impériale
que jouxte une nécropole qui renfermera les tombeaux
de la plupart des membres de la famille alaouite. A Meknès,
il fait détruire le quartier enchanteur de Madinat
al-Riyad mais achève la construction de Bab al-Mansour
al-Alj. A Salé, il fait construire le sanctuaire de
Sidi al-Haj ben Achir. |
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| ŒUVRE DES PREMIERS ALAOUITES |
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L’effort politique ne détourna
pas Moulay Rachid, premier grand monarque alaouite, de l’œuvre
civilisatrice. C’est ainsi qu’en homme de lettres
et en politicien avisé, il fonda à Fès
une des plus grandes medersas de tout l’Occident islamique,
la medersa d’al-Cherratin (des Cordiers). Dès
1672, il porta un intérêt particulier à
la ville de Fès qui connut la paix sous son règne.
Il fait ériger la Qasba des Cherada au nord de Fès
Jdid et un grand pont sur le Sebou.
A travers la medersa d’al-Cherratin, des quelques résidences
royales, telle celle des Oudaya à Rabat dûe en
partie à Moulay Rachid ou celle d’al Maaraka
se distinguent quelques-unes des caractéristiques de
l'art de la dynastie alaouite. Tout en perpétuant les
acquis des époques précédentes, c’est
déjà la manifestation de nouvelles orientations
qui seront la marque de la création alaouite comme
le désir d’unité dans les thèmes,
le goût de la grandeur dans la réalisation et
le souci de l’adjonction de nouvelles formules qui,
sans rompre avec les classiques, feront valoir de nouveaux
procédés. Tel est le cas de l’emploi,
plus important que par le passé, du bois de cèdre,
des bois peints, des zelliges et des menuiseries décoratives.
C’est sous le règne de Moulay Ismail que le
véritable essor de la civilisation alaouite commence.
En faisant de Meknès sa capitale, il l’éleva
au rang de ville impériale. Meknès connaît
alors un développement urbanistique sans précédent
avec la construction de mosquées, palais, portes monumentales,
pavillons d’agrément et fontaines. Grand bâtisseur
et profondément religieux, il est le commanditaire
des mosquées de la Qasba, de Bab Berdain, de la Zitouna,
de Bou Azza, de Sidi Said, la mosquée Lakhdar et divers
mausolées. L’art de Moulay Ismail est imposant
et puissant. Il fait aussi de Meknès la ville la plus
fortifiée du Maroc, la dotant de plus de quarante kilomètres
de remparts percés de portes monumentales avec de nombreux
palais ordonnés autour de riads ou patios à
ciel ouvert, comportant de vastes espaces verts au milieu
desquels étaient construits des pavillons d’agrément
ainsi que différentes annexes tels que des magasins
pour les vivres, les harnais et les armes. Aux alentours,
de vastes prairies (aguedals) et vergers ceinturaient l’ensemble
et lui donnaient une allure paradisiaque. La richesse dans
l’ornementation et la grande variété des
formes et des matériaux ont contribué à
faire mériter à la ville impériale de
Moulay Ismail le qualificatif de « Versailles marocain
».
Une nouvelle ère, annonçant les prémices
de changements est ainsi lancée. C’est l’époque
d'un développement notoire de la peinture sur bois,
qui l’emportera par la suite sur la sculpture, et d’un
début de complexité dans les formes que traduisent
les compositions en carreaux de zelliges.
La majestueuse porte Bab al-Mansour al-Alj qui donne accès
à la ville impériale et qui fut achevée
par Moulay Abdallah, fils et successeur de Moulay Ismail,
en est un parfait exemple. Elle compte parmi les plus belles
portes de la médina.
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| Le règne de Sidi Mohammed ben
Abdallah (1757-1790) |
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En 1757, à la mort de son
père Moulay Abdallah, Sidi Mohammed ben Abdallah, gouverneur
de Marrakech est reconnu comme l’héritier du
trône. C’est à ce sultan pacificateur et
grand admirateur du sultan saadien al-Mansour que revient
le mérite de rétablir l’ordre, restaurer
l’autorité chérifienne, reconstruire un
pays ravagé et réorganiser l’Etat en s’imposant
à l’armée et en administrant les tribus.
Une de ses priorité fut de briser la puissance des
abid responsables en partie d'une certaine anarchie. Le sultan
fait massacrer des abids à plusieurs reprises et n’en
gardant que 15 000 répartis en plusieurs garnisons
et contraints d’y résider, flanqués de
contingents berbères ou des recrues guich.
Désireux d’anéantir la présence
chrétienne sur certains points du littoral marocain,
Sidi Mohammed ben Abdallah encouragea la course, fit fortifier
les villes côtières et les équipa d’artillerie,
craignant de probables représailles maritimes. Le sultan
avait vu juste car les puissances européennes, la France
essentiellement, décidèrent, mais en vain, de
réagir à la suite de la poursuite ou du développement
de la course. Sidi Mohammed ben Abdallah reconquit Mazagan
en 1769 sans même avoir à combattre. Il mit le
siège devant Mazagan et les Portugais, considérant
l’inutilité de cette possession et le coût
de sa défense, choisirent alors de l’évacuer.
Habilement, Sidi Mohammed ben Abdallah réussit à
développer la course tout en en maintenant et même
en élargissant le nombre des partenaires commerciaux
du Maroc.
Pendant son règne, Sidi Mohammed ben Abdallah fonde
plusieurs ports sur la côte atlantique et réanime
la ville d’Anfa (Casablanca) en y construisant une mosquée,
des écoles, des hammams et des remparts. La modernisation
et l’équipement du port de Casablanca témoignent
également de la politique d’ouverture extérieure
pratiquée par le sultan, tout comme la fondation de
la ville d’Essaouira (Mogador) en 1765. Il voulait concentrer
la plus grande partie du commerce extérieur du Maroc
dans un port qu’il pourrait facilement contrôler.
La baie de Mogador semblait le lieu idéal. Il fit appel
à un captif français, François Cornut,
originaire de Toulon afin de concrétiser son idée.
Ce projet était animé par un réel désir
d’ouverture sur les nouvelles conceptions urbanistiques
qui avaient fait la réputation des grands ports européens
et dont le souverain avait saisi l’importance pour le
pays. Sidi Mohammed ben Abdallah voulait doter le Maroc d’un
grand port moderne et compétitif. Architecte et urbaniste,
François Cornut avait été fait prisonnier
lors du désastre de Larache en 1766. Avec l’aide
de 400 prisonniers chrétiens, il édifia la plus
grande partie de la ville et de ses fortifications. Le plan
de la ville fut tracé sur le modèle européen.
En plus de son génie en matière de politique
et stratégie, Sidi Mohammed ben Abballah fut également
un des plus grand constructeurs de la dynastie alaouite. Il
manifesta un grand attachement pour Marrakech où il
fit entreprendre des travaux de construction et de restructuration
dans le quartier de la Qasba, mais aussi de restauration dans
les jardins de l’Aguedal et dans divers sanctuaires.
Il fait également construire de nombreux édifices
religieux à Meknès dont la mosquée al-Azhar
ou al-Roua, les mosquée de Berdâin et de Benima
et les mausolées de Sidi Mohammed ben Aissa et de Sidi
Bou Othman. A Rabat, la fondation de la mosquée al-Sounna
débute et le palais royal est construit. La ville de
Fès sous son règne connut une véritable
renaissance. Plusieurs mosquées et oratoires s’élevèrent.
Il fit restaurer la mosquée Bouânaniya. Sidi
Mohammed ben Abdallah ne semble avoir oublié aucune
grande ville laissant son empreinte un peu partout dans le
pays.
En dehors d’Essaouira, son œuvre architecturale
reste dans la tradition héritée, même
si elle se traduit dans les plans et la plastique par une
interprétation très libre des conceptions reçues.
Ses palais, ses mosquées et ses medersas se distinguent
par la simplicité des formes et la discrétion
des décors.
Dans les années 1770/1780, la sécheresse (1776
à 1782) et une épidémie de peste (1797
à 1800) provoquent une catastrophe démographique
et un important déplacement de population qui allaient
profondément et longtemps marquer le Maroc. Selon les
recherches les plus récentes, la moitié de la
population marocaine aurait succombé durant ces vingt-cinq
années avec toutes les conséquences sociales
qui en découlèrent comme, par exemple, l’abandon
des villes, l’exode des populations à la recherche
de régions moins affectées par ces fléaux
et la désertification de régions entières.
De cinq millions d’habitants au début du XVIe
siècle, la population du Maroc passe à moins
de trois millions. Ce désastre allait cependant favoriser
la recrudescence des zaouias.
Sidi Mohammed ben Abdallah meurt en 1790, laissant un pays
reconstruit mais dans lequel les ferments de division subsistaient
et l’emprise des zaouias grandissait. |
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| Le règne de Moulay Yazid (1790-1792) |
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Moulay Yazid, qui avait été
désigné comme l’héritier de Sidi
Mohammed, se lança dans une série de révoltes,
de rébellions contre son père, menant une vie
aventureuse et parfois scandaleuse. Le bref règne de
Moulay Yazid fut marqué par le soulèvement du
Sud marocain, la proclamation d’un de ses frères
comme sultan à Marrakech et la rébellion d’un
autre de ses frères dans le Souss et le Tafilalet.
La réaction de Moulay Yazid fut d’une grande
violence et cruauté. Il reprit Marrakech qui fut pillée
et des otages furent massacrés. Moulay Yazid trouva
la mort lors d’une contre-attaque. Le Maroc restera
divisé jusqu’en 1797. |
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| Le règne de Moulay Slimane (1792-1822) |
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Fils du sultan Sidi Mohammed ben
Abdallah, Moulay Slimane, au début de son long règne
(trente ans) eut à combattre deux de ses frères,
Moulay Hicham, reconnu comme sultan par une partie du Sud
du Maroc, et Abderrahmane, reconnu par d'autres territoires
dans le Tafilalet.
Malgré sa victoire sur ses deux frères, trois
nouvelles crises apparurent : une crise montagnarde et berbère
(dans le Rif, dans le Moyen et Haut-Atlas) qui éclata
vers 1810, une crise religieuse résultant de la recrudescence
du pouvoir des zaouias et enfin une crise dynastique qui fut
la synthèse des deux précédentes. Afin
de faire face à ces problèmes, Moulay Slimane
n’hésita pas à utiliser certaines confréries
notamment celle des Derkaoua puis celle des Tijanya.
Les Rifains furent battus en 1813. Les Berbères de
la tribu des Ait Atta prirent le contrôle d’une
partie du Tafilalet en 1816. Le soulèvement dans le
Moyen-Atlas fut le plus important avec toutes les tribus sanhaja
et zénètes de la région s’unissant
autour du chef des Ait Sidi Ali, Abou Bakr Amhaouch. Ils se
trouvaient ainsi coalisés contre le sultan et rejoints
par les Zemmour. En 1818, l’armée du sultan est
battue par cette coalition, Moulay Slimane fait prisonnier
et son fils Moulay Brahim tué. Durant sa captivité
de quatre jours, en tant que descendant du prophète,
le sultan fut traité avec respect avant d’être
libéré par les insurgés. De plus, les
rebelles ne remettaient pas en question la dynastie alaouite.
Amhaouch, désormais maître de la montagne berbère,
entra dans la ville de Fès en 1820 et y rencontra les
chefs de la confrérie de Ouezzane qui étaient
également en guerre contre le sultan.
Sur le plan international et jusqu’en 1805, date marquant
le déclin du commerce extérieur, Moulay Slimane
reprit la politique de Sidi Mohammed ben Abdallah. A l’aube
du XIXe siècle, ce déclin est considéré
comme une des sources d’appauvrissement du Maroc inaugurant
une politique d’isolement et de repli.
Comme ses prédécesseurs, Moulay Slimane entreprit
la construction et la restauration d’édifices
religieux. Il fonde à Fès, la medersa de Bab
Guissa, la grande mosquée al-Rcif et entreprend la
construction de la demeure seigneuriale Dar Moulay Slimane.
Il réalisa aussi des travaux au Dar al-Makhzen, à
Fès, en y ajoutant des enclos fortifiés. Au
début du XIXe siècle, sont fondées, à
Rabat, la mosquée al-Qoubba et la mosquée Moulay
Slimane.
La fin du règne de Moulay Slimane se caractérise
par l’affaiblissement du pouvoir central. En 1822, le
sultan fut à nouveau battu et son vainqueur, le chef
de la zaouia cherradiya, le libéra. Une fois de retour
à Marrakech et ayant perdu tout son prestige, Moulay
Slimane choisit comme successeur un de ses neveux, Moulay
Abderrahmane ben Hicham, fils de son frère Moulay Hicham. |
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| Le règne de Moulay Abderrahmane
(1822-1859) |
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Au cours du long règne
de trente-sept ans qui s’ouvrait, Moulay Abderrahmane,
soumis plus que jamais aux pressions et au dynamisme conquérant
des puissances européennes, fut contraint de sortir
de son isolement. A la différence de beaucoup d’autres
territoires convoités et malgré son affaiblissement
croissant, le Maroc ne succombera aux puissances européennes
qu’à la fin du siècle.
Contrairement à son prédécesseur, Moulay
Abderrahmane, dès son arrivée au pouvoir, avait
tenté, mais en vain, d’ouvrir le Maroc à
des partenaires commerciaux en signant des conventions avec
le Portugal en 1823, l’Angleterre en 1824, la Sardaigne
et la France en 1825. L’intervention de la France en
Algérie, avec d’abord la prise d’Alger
allait enclencher une succession d’événements
graves pour Moulay Abderrahmane. La France envoya une mission
diplomatique en 1832 au Maroc afin d’obtenir la neutralité
du makhzen dans les affaires algériennes. En l’obtenant,
la France pouvait poursuivre en toute liberté ses opérations
militaires.
Parmi les révoltes qui éclatèrent en
Algérie la même année, la plus importante
fut celle du jeune émir Abd el Kader que les ouléma
de Fès décrétèrent s’apparenter
à la Guerre Sainte, au jihad. Malgré les accords
de 1832, le Maroc se sentant solidaire des musulmans d’Algérie
qui luttaient contre l’invasion chrétienne leur
envoya vivres et armes. A partir de ce moment-là, le
Maroc se trouvait indirectement impliqué dans une lutte,
qui à la base, n’est pas sienne. Les troupes
françaises ayant acculé Abd el Kader dans la
zone frontalière avec le Maroc et occupant en 1844
les lisières du Sahara déclenchèrent
le premier incident frontalier franco-marocain. Cet incident
allait provoquer une vive émotion en France qui trouva
là prétexte à une intervention contre
le Maroc.
La France exigeait en réparation l’expulsion
d’Abd el Kader et l’engagement que les troupes
marocaines ne dépasseraient pas la rivière Tafna.
Le Maroc refusa les conditions françaises. La guerre
entre le Maroc et la France était désormais
inévitable. Le 14 août, la bataille d’Isly,
à l’ouest d’Oujda, se solda par la défaite
désastreuse des troupes marocaines. Dès lors,
le Maroc ne pourra résister totalement aux sollicitations
européennes. Le 18 mars 1845, Français et Marocains
signaient la Convention de Lalla Maghnia qui fixe la frontière
entre l’Algérie et le Maroc de la mer à
Teniet Sassi, au sud-est d’Oujda. Tribus, villages et
ksour furent séparés de la manière la
plus artificielle, ouvrant la porte à tous les conflits
ultérieurs. Le traité donnait à la France
un droit de regard sur les territoires du Sud en cas d’attaque
sur les frontières ou de révolte des Algériens
soumis à la France. Cette clause devait avoir de graves
conséquences sur l’intégrité territoriale
du Maroc.
En dépit des pressions impérialistes, Moulay
Abderrahmane saura réprimer les révoltes internes
et maîtriser la situation, sachant tirer habilement
parti des rivalités entre puissances. Comme ses prédécesseurs,
Moulay Abderrahmane marqua son règne par des créations
architecturales comme la mosquée al-Jdid à Fès
édifiée en 1824, la porte alaouite du Mechouar
et de l’Aguedal de Marrakech (bâtie entre 1830
et 1859), le Borj al-Kbir et Bab al-Jdid à Salé. |
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Le règne de Sidi Mohammed ben
Abderrahmane ou Mohammed IV
(1859-1873) |
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Mohammed IV fut désigné
comme héritier par son père de part sa droiture
et son rôle de vice-roi exercé du vivant de ce
dernier. En effet, Mohammed IV était depuis longtemps
initié aux affaires. Pendant son règne, il continua
à faire face aux puissances européennes, exploitant
leurs rivalités. Il oposa essentiellement une résistance
passive aux entreprises économiques des puissances,
hormis la guerre contre l’Espagne qu’il dut affronter
au début de son règne.
L’incident fut déclenché par la destruction,
dans le Nord, d’une borne frontalière sur laquelle
figuraient les armes espagnoles lors de la révolte
des Anjra. Il n’en fallut pas d'avantage pour que l’Espagne
occupe Tétouan le 6 février 1860.
Une des nombreuses clauses du Traité de paix de Ceuta
(26 avril 1860) condamnait le Maroc à verser
une indemnité écrasante de guerre de 20 millions
de douros. Le Makhzen, étant incapable de payer cette
somme et surtout affolé par les révoltes sporadiques
que suscitait cette nouvelle humiliation, accepta l’argent
avancé par les banques anglaises mais dont la lourde
garantie étaient les droits de douane. L’Angleterre
ainsi que l’Espagne aggravèrent la crise politique
et économique du Maroc par une crise monétaire.
Désormais, les emprunts succèderont aux emprunts,
anémiant les finances de l’empire, portant des
coups répétés à l’indépendance
du pays en l’ouvrant aux influences européennes.
Le Maroc, étranglé, désespéré
et impuissant militairement, voyant alors tous les consuls
étrangers profiter de la situation et imposer leurs
exigences, n’avait plus de recours que dans l’isolement
et l’inertie.
Cette situation destabilisa largement le pays dans la deuxième
moitié du XIXe siècle aussi bien économiquement
que politiquement, provoquant de nombreuses révoltes
auxquelles Mohammed IV dut faire face. Comme ses prédécesseurs,
Mohammed IV marqua son règne de son œuvre architecturale.
C’est pendant son règne que furent réalisés
les pavillons du Jnan Redouan et de la Menara, la fontaine
de Sidi Bel Abbas à Marrakech ainsi que le palais royal
à Rabat. Mohammed IV avait également fait construire
une cartoucherie à Marrakech et un arsenal à
Fès. |
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| Le règne de Moulay al Hassan ou
Hassan Ier (1873-1894) |
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Moulay al Hassan, ayant exercé du vivant de son père,
Mohammed IV, la fonction de khalifa du sultan dans le Sud,
est désigné comme son successeur. Ce sera l’un
des plus grands souverains que le Maroc ait connu, jouissant
d’un grand prestige que lui conféraient sa piété
et sa pondération. Cependant, son accession au trône
fut marquée par des révoltes provoquées
par de profonds troubles, antérieurs à son règne,
vécus par la société marocaine. A Fès,
les tanneurs refusaient de lui prêter serment et dans
la région de Meknès, des tribus se soulevaient.
Hassan Ier ne tarda pas à réprimer ces révoltes
et à pacifier le Moyen-Atlas.
L’ampleur de son œuvre et ses idées novatrices
dans tous les domaines firent de ce sultan alaouite un grand
souverain. Malgré le contexte politique en Afrique
du Nord défavorable au Maroc, il parvint à maintenir
la paix et à sauvegarder son indépendance grâce
à son habileté, à son courage et à
sa clairvoyance. Afin de moderniser le Maroc et mieux exploiter
ses ressources, Hassan Ier innova dans différents domaines
tels l’envoi d’étudiants à l’étranger
et l’organisation du makhzen. L’industrie et l’agriculture
furent encouragées afin de réduire les besoins
en importation. De grands travaux d'aménagement des
ports furent réalisés.
Chemins de fer et ponts furent également prévus
à l’intérieur du pays, donnant lieu à
une concurrence effrénée de la part des industriels
européens. Quant aux services postaux et au télégraphe,
ils furent partagés entre les Anglais et les Français.
Les richesses du sous-sol commencèrent à être
exploitées : charbon aux environs de Tanger, plomb
et cuivre dans le Souss, antimoine près de Ceuta, fer
dans le Djebel Hadid.
Malgré tous ses efforts, son œuvre de développement
fut incomprise et à la fin du siècle les problèmes
financiers étaient tels que les emprunts devinrent
inévitables et ruineux. Tout en sachant que l’Europe
avait déjà gagné, Hassan Ier avait réussi
pendant son règne à maintenir une paix relative.
Mais le pays restait soumis.
Malgré l’impérialisme grandissant des
puissances européennes et les révoltes internes
que Moulay al Hassan eut à affronter, l’œuvre
architecturale ne fut pas pour autant négligée.
Parmi les nombreux édifices érigés pendant
son règne on compte pour la ville de Marrakech, Bab
Chkirou (1873-1874); pour la ville de Salé, les riches
demeures de notables Dar Sbihi et Dar Aouad; pour la ville
de Meknès, la demeure du ministre du sultan Dar Abdallah
Jamai (actuellement musée), et celle du caïd Mechouar
Dar bel Allam; pour la ville de Fès, la mosquée
Sidi Ahmed ben Yahya agrandie et transformée en grande
mosquée en 1882-1883, le palais Dar al Bayda dont une
partie, construite en 1890, est l’œuvre de Hassan Ier,
le palais estival du sultan Dar Batha, achevé en 1897
sous Moulay Abd al-Aziz et la fabrique d’armes ou Makina
(arsenal), construit en 1885 à Fès Jdid. |
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| Le règne de Moulay Abd al-Aziz
(1894-1908) |
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Après la mort subite de
Hassan Ier, le problème de succession se posa à
nouveau. Mais à la suite de pressions du puissant et
grand vizir Ben Moussa, connut sous le nom de Ba Ahmed, le
jeune Abd al-Aziz, âgé de quatorze ans, fut proclamé
sultan en 1894 sans la consultation des ouléma. L’opposition
flagrante à cette intronisation «imposée»,
notamment par un grand nombre de notables de Fès, poussa
la Cour à aller s’installer à Marrakech.
Nombre d’opposants auraient préféré
voir sur le trône le frère aîné
d’Abd al-Aziz, Moulay Mohammed.
Pendant six ans, la réalité du pouvoir fut
exercée avec autorité par Ba Ahmed soutenu par
la veuve de Moulay Hassan, la Circassienne Lalla Rqiya. Il
fit régner l’ordre à l’intérieur
et joua sur les rivalités des puissances, en particulier
la France et l’Angleterre, pour retarder leur mainmise
sur le Maroc. Cependant, ce grand vizir commit une grave erreur
dont le Maroc aura à souffrir dans les années
suivantes : il négligea l’éducation du
jeune sultan, confiné dans son palais, grandissant
dans la facilité sans que lui furent dispensées
les connaissances et la discipline nécessaires à
un prince, à un futur souverain. Son éducation
négligée et la division du makhzen en clans
rivaux en feront un velléitaire, violent mais sans
fermeté, éprouvant une grande fascination pour
les nouveautés de la technique européenne. Il
jouait au tennis, s’entourait de bicyclettes, d’automobiles,
de pianos, de phonographes et d’appareils photographiques.
A la mort de Ba Ahmed en 1900, Moulay Abd al-Aziz, âgé
de vingt ans, accéda réellement au trône.
Avec son intronisation, le début d’une période
de graves troubles, qui allaient entraîner la perte
d’indépendance du Maroc, s’annonçait
aussi bien sur le plan intérieur que diplomatique.
Le goût prononcé de Moulay Abd al-Aziz pour les
nouveautés techniques européennes et leur coût
exorbitant ajouté à son incapacité d'assumer
ses devoires d’Imam, creusèrent le fossé
entre sa personne et son peuple et compromirent grandement
son prestige. Le peuple considérait ces nouveautés
comme des innovations contraires aux préceptes de l’Islam
et dangereuses pour la religion. Il était persuadé
que seuls l’isolement et le retour à la tradition
étaient susceptibles de redonner vigueur et force au
pays.
Le mécontentement s’aggrava lorsque le jeune
souverain entreprit certaines réformes, véritablement
révolutionnaires, comme le tertib ou impôt sur
les biens agricoles. Abd al-Aziz décida de remplacer
l’impôt coranique traditionnel, par ce nouvel
impôt, égalitaire à ses yeux, puisqu’il
devait être acquitté aussi bien par les humbles
que par les riches. Cette décision souleva la colère
aussi bien des privilégiés que des petites gens.
Le sultan ne pourra mener à bien ses réformes
en raison de l’hostilité, surtout des dignitaires,
vis-à-vis de tout ce qui pouvait menacer leur fortune
et des pressions des puissances européennes. C’est
ainsi que le début du XXe siècle commença
par une période de troubles pendant laquelle la débâcle
financière du Maroc s’accéléra.
La période des emprunts s’ouvrit vite au profit
de la Banque de Paris et des Pays-Bas qui prèta en
1902, l’équivalent de 7 500 000 francs au Trésor
marocain. Une année plus tard, cette même somme
sera empruntée à deux reprises d’abord
à une banque anglaise puis à une banque espagnole.
Ces emprunts servaient à payer les dettes du sultan,
les campagnes militaires contre les opposants et les entreprises
étrangères qui avaient fourni matériel
et services dans le cadre des grands travaux. Désormais,
chaque emprunt servait avant tout à rembourser le précédent.
A la veille du protectorat et étroitement liés
aux intrigues coloniales visant à faciliter la conquête
du Maroc, les révoltes dégénèrent
en dissidence et des troubles s’aggravent et se généralisent.
En effet, profitant de l’affaiblissement du pouvoir
central, la France intensifia son action déjà
entreprise depuis 1890 dans le Sahara marocain. A partir de
1903, date à laquelle Lyautey fut appelé et
nommé général en Algérie afin
d’ «assurer la pacification» de la frontière
depuis la Méditerranée jusqu’à
Beni-Abbas, la subtile avancée française vers
l’Ouest en territoire marocain s’accentua. En
1908, la France contrôlait désormais toute la
région située entre la frontière algérienne
et la Moulouya.
De plus, afin d’assurer sa prépondérance
sur le Maroc dans la course impérialiste du début
du XXe siècle, la France en 1904 signa une série
d’accords avec l’Angleterre puis l’Espagne
moyennant quelques concessions. L’Allemagne, systématiquement
tenue à l’écart de ces conventions et
ayant des intérêts au Maroc, manifesta son mécontentement
en encourageant le sultan à ne pas céder aux
pressions françaises, à refuser toutes les propositions
et surtout à réclamer la réunion d’une
conférence de toutes les puissances intéressées
au Maroc. L’arrivée de Guillaume II à
Tanger le 31 mars 1905 et ses nombreuses déclarations
par lesquelles il reconnaissait la souveraineté de
Moulay Abd al-Aziz et son indépendance et où
il affirmait son opposition à tout ce qui pouvait menacer
l’égalité entre les puissances au Maroc,
déclencha un processus de tension européenne.
A la demande du sultan et sous la pression allemande, cette
tension provoqua une conférence internationale, réunissant
treize pays, qui se tint du 7 janvier au 6 avril 1906 à
Algésiras, en Espagne. L’Allemagne s’y
trouva isolée et l’Angleterre soutint la France
qui en retira tous les avantages. L’indépendance
et l’intégrité du Maroc étaient
reconnues et la France obtenait le contrôle de Rabat,
Mazagan, Safi et Mogador. Les Espagnols obtenaient Tétouan
et Larache et partageaient Casablanca et Tanger avec les Français.
Plaçant le Maroc sous une sorte de « protectorat
international », le Traité d’Algésiras
marqua la fin effective de son indépendance.
Au Maroc, ce traité enflamma le mécontentement
de la population entière qui accusait le sultan et
le makhzen d’inertie voire même de traîtrise.
Partout des émeutes éclatèrent, menaçant
aussi bien les fonctionnaires du sultan que les Européens.
La France profitant d’incidents intervenus entre Français
et Marocains et engendrés par cette situation, se lance
désormais dans l’occupation militaire du Maroc,
commençant par Oujda, la partie orientale du pays ainsi
que Casablanca en 1907 et l’ensemble de la Chaouia en
1908.
Le règne de Moulay Abd al-Aziz, comme celui de ses
prédécesseurs connut également l’édification
et l'achèvement d’œuvres architecturales.
A Fès, le palais estival de Moulay al Hassan, Dar Batha
fut achevé, Dar Menebhi, Dar Glaoui et Dar al-Mokri
furent construites. A Marrakech, le palais de Bahia et Dar
Si Saïd furent édifiés et à Meknès,
Dar Benani fut réalisé. |
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| Le règne de Moulay Hafid (1908-1912) |
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Jouissant d'une réputation de piété
exemplaire, Moulay Hafid, frère aîné d’Abd
al-Aziz, fut proclamé sultan à Marrakech le
16 août 1907 à la suite des évènements
de Casablanca. A Fès, il fut acclamé sur sa
promesse de mener à bien la Guerre Sainte et les oulèma
de Fès lui demandèrent d’abroger les accords
d’Algésiras, de chasser les Français de
la Chaouia et du Maroc Oriental. Abd el Aziz fut alors détroné.
Moulay Hafid accède au pouvoir mais dans l’incapacité
de l’exercer et surtout de tenir ses promesses. Il entama
de vaines négociations avec la France qui imposa sa
domination dans le domaine de l’armée, puis réclama
de lourdes indemnités pour la campagne de représailles
de Casablanca et de la Chaouia. Moulay Hafid dut renoncer
au jihad, enflammant à nouveau la population marocaine
et les oulama.
L’Espagne, profitant de la conjoncture et à
la suite d’incidents entre Espagnols et Marocains dans
le Nord, envahit une partie du Rif. La France ne pouvant tolérer
ce climat d’insécurité et de révoltes
sanglantes dans un pays où elle avait déjà
tant «investie», obligea Moulay Hafid, le 4 mai
1911, à signer une lettre au gouvernement français
antidatée du 17 avril demandant l’aide de la
France pour rétablir la paix et faire disparaître
les causes de troubles et d’agitation tout en préservant
l’autorité chérifienne. Les portes de
la capitale Fès étaient désormais ouvertes
et la colonne Moinier entra dans la ville le 21 mars 1911.
Meknès fut investie le 8 juin et Rabat le 9 juillet.
A cette occupation française, l’Espagne réagit
en occupant Larache et El Ksar el Kébir. L’Allemagne,
qui n’avait jamais cessé de s’opposer à
la pénétration française au Maroc, ne
réagit que le 1er juillet 1911, envoyant le croiseur
Panther à Agadir pour protéger ses intérêts
économiques dans le Souss. C’était là
du moins le prétexte officiel. En fait, il s’agissait
de montrer à la France qu’elle ne pouvait impunément
prendre possession du Maroc. Afin de «calmer»
l’Allemagne et d’obtenir la reconnaissance de
ce qui, sous peu, allait officiellement devenir le protectorat
français sur le Maroc, la France décida de lui
offrir des compensations. Le 4 novembre 1911, par le Traité
de Berlin, l'Allemagne reconnait le protectorat français
mais reçoit une partie du Congo.
N’ayant plus à craindre l’intervention
des puissances coloniales européennes, et isolant diplomatiquement
Moulay Hafid, la France pouvait désormais agir en toute
liberté au Maroc. Le 24 mars 1912, le ministre de France
à Tanger, Regnault, arrive à Fès avec
pour mission de faire signer au sultan le Traité du
Protectorat ou Convention de Fès. Sous la pression
de cinq mille soldats français qui campaient sous les
murs de son palais, de l’occupation de vastes zones
dans l’ouest et dans l’est du royaume et d’un
climat d’anarchie qui s’étendait dans le
pays, Moulay Hafid accepta de signer le Traité du protectorat
le 30 mars 1912. Cette signature déclencha une vague
de sanglants combats, en particulier dans la ville de Fès.
La pacification, n’étant pas aussi facile que
prévue, les ministères à Paris décident
d’envoyer un homme à poigne, Hubert Lyautey afin
de régler tous les problèmes militaires et administratifs.
Premier Résident général au Maroc, il
réussit à rétablir en mai le calme à
Fès, à prendre Marrakech en septembre 1912 et
Taza en 1914. Lyautey décida de transférer la
capitale à Rabat.
Peu après et avec l’insistance de la France,
le sultan abdique « pour raison de santé »
au profit de son frère, l’élu de Lyautey,
Moulay Youssef. En échange de son abdication, Moulay
Hafid obtint 375 000 francs de rente annuelle et un chèque
de 40 000 livres sterling. |
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| Le règne de Moulay Youssef (1912-1927)
sous le Protectorat français (1912-1956) |
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Le makhzen dut reconnaître
Moulay Youssef comme sultan et Lyautey put commencer son œuvre.
Etant imam et calife, le sultan conserve alors tous les attributs
de son prestige et son pouvoir spirituel reste intact, faisant
l’objet d’un respect sincère de la part
de Lyautey. Pour ce qui est des pouvoirs législatif,
exécutif et judiciaire, il se contente de signer les
dahirs qui lui étaient présentés par
la Résidence. De même, pour nommer les fonctionnaires,
il n’a de choix que sur les listes qu’elle lui
soumet. Le makhzen est réformé comme prévu.
Il n’a plus qu’un rôle de façade
: il est la survivance d’un ordre ancien, maintenu en
marge du système qui doit amener le Maroc à
la modernité sous l’administration du Résident.
Ce dernier comprit rapidement et déclara qu’au
Maroc il se trouvait devant «une authentique nation,
devant un peuple ayant un passé exceptionnellement
riche, des structures originales et une civilisation»,
faisant une nette distinction entre le Maroc, l’Algérie
et la Tunisie. Lyautey, conscient du fait que le protectorat
n’était qu’un état transitoire devant
inéluctablement aboutir à l’indépendance
du Maroc, allait agir dans ce sens pendant treize ans, en
étant d’abord un chef de guerre mais aussi un
administrateur intelligent, diplomate et respectueux de l’identité
marocaine. De plus, son respect pour l’architecture
et les objets d’art marocain fut exemplaire. En esthète
cultivé, il veilla à leur mise en valeur et
à ce que, lors des grands projets, les villes soient
respectées et le patrimoine culturel sauvegardé.
L’instauration du Protectorat français et la
présence de Lyautey n’empêchèrent
pas les troubles de persister. Bien au contraire, une résistance
marocaine était en train de se consolider. En effet,
la résistance armée fut très importante
et très longue. Les tribus, malgré le déséquilibre
des forces, ne pouvaient accepter sans réagir la venue
des troupes françaises et la colonisation imposée
par une puissance chrétienne. Elles résistèrent
dans certaines régions jusqu’en 1934, date à
laquelle le Maroc fut enfin considéré comme
pacifié. La prise de conscience politique se développa
ensuite dans les centres urbains et le combat fut dès
lors essentiellement politique.
En 1927, le sultan Moulay Youssef meurt. Le cadet de ses
trois fils, Sidi Mohammed ben Youssef, âgé de
dix-huit ans, est proclamé sultan sous le nom de Mohammed
V. |
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| Le règne de Mohammed V et la
libération nationale (1927-1961) |
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A la mort du sultan Moulay Youssef, le cadet
de ses trois fils est proclamé sultan du Maroc le vendredi
18 novembre 1927. A cette date, le Traité du Protectorat
a déjà quinze ans, les résistances militaires
ont presque toutes été brisées, la guerre
du Rif est terminée et le colonialisme mondial vit
son «âge d’or».
En dépit de son jeune âge, Mohammed V comprit
très vite que l’urgence politique devait être,
non pas l’indépendance, une utopie en 1927, mais
la sauvegarde de l’unité et de l’identité
marocaines. Pendant les vingt premières années
de son règne, sa priorité fut d’empêcher
que le Protectorat du Maroc ne dégénère
en colonie. En effet, Mohammed V avait décidé
de ne céder aucune parcelle de ce que le Traité
de 1912 lui avait reconnu. A partir de 1944, toute l’action
de Mohammed V aura pour but l’indépendance du
Maroc. C’est avec une totale détermination et
avec un grand sens politique qu’il atteindra ses deux
objectifs. Tout au long de son règne, le monarque fut
d’une intransigeance inégalable et inébranlable
dès lors qu’il s’agissait de l’unité
nationale ou de la souveraineté du Maroc.
Un des nombreux exemples de cette intransigeance survint
après la défaite militaire française,
lorsque le gouvernement de Vichy désira que les lois
anti-juives mises en application en France et en Algérie
fussent étendues au Maroc. Le sultan s’y opposa
radicalement, affirmant que les Juifs vivant au Maroc étaient
des sujets marocains et que vouloir leur appliquer des lois
spéciales introduirait un précédent inacceptable
dans le domaine de l’unité nationale du Maroc
et de sa souveraineté.
Au lendemain de la seconde guerre mondiale, le prestige de
la France était atteint et la Charte de l’Atlantique
avait proclamé le droit de tous les peuples à
choisir la forme de gouvernement sous laquelle ils voulaient
vivre. C’est dans ce contexte que le sultan Mohammed
V se rendit en France où le général De
Gaulle lui promit de réfléchir à une
forme d’émancipation du Maroc. Cette promesse
ne fut pas tenue puisque De Gaulle démissionna en 1946
et que les gouvernements qui se succédèrent
au pouvoir ne voulurent pas prendre en compte cette situation
nouvelle. Au Maroc, les nationalistes ne se contentent plus
de réclamer des réformes, ils demandent l’indépendance.
Créé en 1943, le parti Istiqlal (Indépendance)
domine désormais la vie politique, très présent
dans l’entourage de Mohammed V et au Conseil du gouvernement
qui n’a aucun pouvoir mais qui constitue une tribune.
Mohammed V se rend à nouveau en France en 1951 afin
de demander au gouvernement de mettre un terme au Traité
de Protectorat de 1912. La série de réformes
proposées par le gouvernement français allait
dans le sens de la co-souveraineté sur le Maroc, c’est-à-dire
à l’encontre de l’indépendance.
Aussitôt de retour au Maroc et en signe de contestation,
Mohammed V décida alors la « grève du
sceau » qui fit que les dahirs présentés
à sa signature pour promulgation par le Résident
de France, le général Juin, ne pouvaient plus
être ratifiés. La situation étant bloquée,
le général Juin demanda à Mohammed V
de désavouer l’Istiqlal ou de se démettre.
Le samedi 23 décembre 1950, le pacha de Marrakech Si
Thami al-Glaoui, fidèle allié de la France,
s’était rendu au Palais afin d’y présenter
ses vœux à Mohammed V à l’occasion
du Mouloud et il avait demandé au souverain de ne plus
se laisser influencer par les membres de l’Istiqlal.
Mohammed V le congédia sans ménagement et lui
signifia, par l’intermédiaire du grand vizir,
l’interdiction d’accéder au palais jusqu’à
nouvel ordre. En février 1951, afin de contraindre
le sultan à cesser « la grève du sceau
» et avec l’accord et le support matériel
de la Résidence, al-Glaoui lança des milliers
de cavaliers des tribus vers Fès et Rabat. Mohammed
V céda le 23 février face à ce coup de
force qui risquait de déclencher une guerre civile.
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En désespoir de cause, Mohammed V demanda l’émancipation
immédiate du Maroc au mois de novembre 1952, dans son
« discours du trône ». Cet acte désespéré
provoqua la colère de la France et, le 14 et 15 août,
le souverain fut mis en état d’arrestation avec
le prince héritier Hassan puis embarqué à
bord d’un avion militaire français pour un exil
de plus de deux années en Corse puis à Madagascar.
Le 15 août, Mohammed ben Arafa, un cherif de la famille
alaouite, « candidat au trône » que le Glaoui
avait suggéré à la Résidence,
fut proclamé « Prince des Croyants » à
Marrakech. Le peuple marocain s’enflamma et les actes
terroristes se multiplièrent. Voyant la situation s’aggraver
et ayant à faire face à de sérieux problèmes,
en particulier la chute de Diên Biên Phu en mai
1954 ou le début de la guerre d’Algérie
en automne de la même année, la France décida
d’agir.
Le 22 août 1955, après que des contacts officieux
eurent été pris avec le sultan d’une part
et les nationalistes d’autre part, une conférence
débuta à Aix-les-Bains. La création d’un
Conseil du trône et d’un gouvernement marocain
chargés d’établir une base de négociations
pour l’avenir des relations franco-marocaines fut décidée.
Le 8 septembre, un accord est trouvé et approuvé
par Mohammed V. Mohammed ben Arafa abdique le 1er octobre
et, le 26, l’Istiqlal exige le retour du sultan légitime.
A l’issue des négociations entamées en
France le 1er novembre 1955 avec le président du Conseil
français Edgar Faure et son ministre des Affaires Etrangères,
Antoine Pinay, Mohammed V obtint la «Déclaration
de La Celle Saint-Cloud» par laquelle la France mettait
un terme au régime du Protectorat et rétablissait
la totale indépendance du Maroc. Le 10 novembre, Mohammed
V rentrait au Maroc dans la liesse générale.
Le vendredi 2 mars 1956, la France signait un document par
lequel elle reconnaissait officiellement l’indépendance
du Maroc. Le 7 avril fut signée une déclaration
dans laquelle l’Espagne renonçait à son
tour à la souveraineté qu’elle exerçait
sur la partie septentrionale du royaume. Le 29 octobre, la
zone de Tanger était réintégrée
au Maroc.
Sous le règne de Mohammed V, le Maroc recouvre son
indépendance et le souverain prend le titre de roi
à la place de celui de sultan. Le «Sultan Libérateur
et Bien-aimé», Mohammed V meurt subitement durant
une intervention chirurgicale le 26 février 1961. Dès
que la nouvelle fut connue, le Maroc fut plongé dans
la plus grande affliction. |
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| ŒUVRE DU XIXe SIECLE ET DU DEBUT
DU XXe SIECLE |
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Tous les sultans alaouites marquèrent
leur époque par des créations architecturales
dont le détail a été retracé ci-dessus
pour chaque règne. Leurs efforts politiques ne les
ont jamais détournés de l’édification
architecturale. L’art alaouite vit sur la répétition
de formules déjà bien enracinées dans
le pays. Des souverains comme Moulay Slimane (1792-1822),
Moulay Abderrahmane (1822-1859) ou Moulay al Hassan
(1873- 1894) ont tous laissé des œuvres singulières
qui révèlent leur attachement à enrichir
les répertoires existants par des détails architecturaux
et ornementaux tout en perpétuant les acquis des époques
précédentes.
Ces œuvres ne manquèrent pas d’influencer
les notables du makhzen et les riches commerçants des
villes principales. Cette influence est très nette
dans l’architecture civile surtout dans les riches demeures
de dignitaires plus réceptifs aux nouveaux apports
et permettant une renaissance de la création même
si, de façon générale, l’attachement
aux formes traditionnelles restent profondément ancré.
La nouveauté se manifeste principalement dans la maçonnerie
et l’ornementation donnant lieu à une grande
variété de styles.
Tandis que l’architecture dynastique, religieuse et
civile (grandes mosquées et palais) présente
une réelle unité de style, dans l’architecture
des petits oratoires et des demeures de riches dignitaires
peuvent se distinguer trois écoles régionales.
Celle de Fès-Meknès montre une fidélité
à l’héritage mérinide. Celle de
Rabat-Salé combine la tradition almohade, avec son
architecture et son travail de la pierre (taillée,
sculptée), à certains thèmes de la Renaissance
espagnole (introduits au XVIIe siècle par les Morisques)
avec par exemple sa riche mouluration des arcs en plein cintre.
Témoignant encore d’un sens profond de grandeur,
l’école de Marrakech est fidèle à
la bâtisse de brique et de pisé à laquelle
s’allient les ressources de la polychromie.
Etant d’une grande originalité et richesse,
l’œuvre des Alaouites du XIXe siècle ne
se limitait pas aux villes puisqu’elle se retrouve dans
les régions les plus reculées du Maroc, en particulier
dans le Sud, sous forme de kasbahs et ksour. Tout en perpétuant
un savoir-faire dont les origines lointaines sont encore très
mal connues, la plastique et la décoration de ces constructions
imposantes sont uniques étant foncièrement distinctes
des techniques citadines.
La création artistique urbaine, (céramique,
broderie, tapisserie, bijouterie, art du bronze, etc.), tout
en restant fidèle aux formes héritées
du Moyen - Age enrichies par les apports andalous
et morisques, n’est pas restée figée,
connaissant un enrichissement des détails par des combinaisons
nouvelles.
Les arts du milieu rural, tout en ayant un caractère
très différent de la production citadine, sont
également d’une grande richesse et diversité.
Les tapis aux couleurs chatoyantes sont presque exclusivement
décorés de motifs géométriques
parfois hautement symboliques. La poterie est d’une
grande élégance de formes. La production d’armes
et de bijoux révèle une parfaite maîtrise
des techniques et une grande diversité.
Au XXème siècle, l'art architectural marocain
est le résultat d'un long cheminement. Désormais,
les artisans de l’architecture traditionnelle perpétuent
les acquis des époques précédentes, des
formules déjà bien enracinées au Maroc.
Ils accordent cependant une attention toute particulière
à l’enrichissement des répertoires existants
par de nouveaux détails architecturaux et ornementaux.
L’architecte et l’artiste marocains en général,
étant réceptifs aux nouveaux apports, permettent
une renaissance de la création, même si l’attachement
aux formes traditionnelles reste profondément ancré.
En architecture, la nouveauté se manifeste principalement
dans la maçonnerie et l’ornementation donnant
lieu à une grande variété de styles.
C’est ainsi que pendant le Protectorat, l’architecture
marocaine a subi l’influence des courants artistiques
européens, en particulier celle de l’Art Déco
avec ses lignes géométriques pures. Cette influence
ne fut que superficielle puisqu’elle se «greffait»,
en nouveauté décorative, sur une architecture
aux formules déjà millénaires. De nombreux
édifices à Casablanca et à Rabat présentent
ces innovations. Loin de céder à l'uniformisation,
l'art traditionnel architectural marocain a su conserver son
identité. La mise en place au Maroc d’une conception
urbanistique et de plusieurs dispositifs législatifs
par Lyautey dès l’avènement du Protectorat
en 1912 a fait que les médinas et les centres historiques
marocains sont les mieux conservés du monde Islamique.
Ces mesures ont permis la sauvegarde d’une immense partie
du patrimoine marocain.
Les arts dits traditionnels ont connu quelques bouleversements
au début du XXe siècle. A l'instauration du
Protectorat, en 1912, l'arrivée de nouveaux objets
européens, l'introduction du plastique et de certains
produits chimiques et l'importation de porcelaine chinoise
bouleversent les habitudes des Marocains et corrompent le
goût des artisans, surtout des potiers et céramistes.
C’est ainsi qu’au début du XXe siècle,
l’industrie de la poterie par exemple, commence à
s’essouffler fabricant des objets dont la qualité,
les techniques et les répertoires ornementaux appauvris
ne reflètent plus la grandeur de cet art traditionnel.
Grâce à l’amour que portait Lyautey au
Maroc, à sa civilisation et ses arts, de nombreuses
mesures furent prises.
La prise de conscience rapide par le Service des Arts Indigènes
du danger que courraient la poterie et tous les arts traditionnels
marocains engendra l’acquisition de belles pièces
anciennes ou de collections entières, la création
de multiples musées et l’organisation de nombreuses
expositions. Leur objectif était de conserver le patrimoine
artistique et culturel pouvant servir de modèle aux
artisans et de stimuler et provoquer la restauration de traditions
ancestrales typiquement marocaines. Grâce à cette
initiative, une véritable renaissance des arts, en
particulier de la poterie, a eu lieu et des artistes tels
que Al-Amali (né à Alger en 1890) et Al-Sarghini
ont réinventé de nouvelles formes et motifs
ou introduit de nouvelles techniques au goût du public
marocain et étranger.
Les corporations qui regroupaient les potiers sont remplacées
en 1940 par des coopératives artisanales, créées
par le Service des Arts indigènes. L’objectif
principal était de conserver les riches répertoires
ornementaux anciens tout en modernisant les techniques de
production. C’est grâce au génie des artistes
et artisans marocains qui, au fil des siècles se sont
inspirés de traditions multiples, qu’un art singulier,
purement marocain, vit le jour. |
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| Le règne de Hassan II (1961-1999) |
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Le 3 mars 1961, Hassan II est intronisé, héritant
d’un pays politiquement stable. Pérennisant l’initiative
de son père, il avait définitivement renoncé
au titre de sultan pour celui de roi plus conforme aux références
du temps. Véritable virtuose de la politique, Hassan
II avait été formé et préparé
par son père Mohammed V qui l’avait associé
très tôt au pouvoir. Pendant son long règne
qui s'achèvera à sa mort le 23 juillet 1999,
le roi Hassan II eut pour objectif la transformation du vieil
et solennel «Empire Chérifien» en moderne
«Royaume du Maroc». Dès le début
de son règne, le jeune souverain entreprit de moderniser
les institutions du royaume. Sa politique fut d’adapter
le Maroc au monde contemporain tout en préservant ses
traditions et ses racines.
Le pays qu’il laissa à son fils Mohammed VI
était profondément différent de celui
dont il avait lui-même hérité. C’était
d’abord un pays plus vaste, agrandi durant son règne
de trois anciens territoires espagnols : Sidi Ifni en 1969,
Saquia al Hamra en 1975 et enfin Oued al Dahab en 1979, ces
deux derniers ensembles composant le Sahara occidental. Grâce
à ce dernier, le Maroc est devenu une puissance maritime,
possédant aujourd’hui plus de deux mille cinq
cent kilomètres de côtes atlantiques. C’était
ensuite un pays dont le centre de gravité politique
et économique avait achevé de basculer vers
l’ouest, le Maroc étant sorti de sa phase de
repli. Cette ouverture s’accompagna du déplacement
définitif du cœur du Maroc de Fès ou de
Marrakech vers Rabat et Casablanca. C’était enfin
un pays démocratique où l’alternance politique
était devenue une réalité. En effet,
la réforme constitutionnelle de 1992 opéra une
véritable mutation du pouvoir car elle prévoyait
que le souverain nommerait désormais les ministres
sur proposition du Premier ministre.
En 1996, une seconde réforme dota le pays d’un
Parlement à deux Chambres dont une élue au suffrage
universel. Le Maroc était donc devenu un véritable
Etat de droit, ainsi que l’exprime l’article 1er
de l’actuelle Constitution : «le Maroc est une
monarchie constitutionnelle, démocratique et sociale».
Au mois de mars 1998, le roi Hassan II avait même nommé
son vieil opposant socialiste Abderrahmane Youssoufi au poste
de Premier ministre.
Le règne de Hassan II fut également caractérisé
par un colossal programme de construction de barrages dont
l’objectif économique était de limiter
les conséquences des aléas climatiques. Ces
derniers affectaient grandement un des plus importants secteurs
de l’économie nationale, l’agriculture.
Au Maroc, la sécheresse est cyclique. Le roi avait
donc exigé que chaque année de son règne
puisse voir l’inauguration d’une nouvelle retenue
d’eau. Cette politique a été menée
à son terme et il s’agit là d’une
des grandes réussites qu’il importe de mettre
en exergue.
Sur le plan de la politique internationale, l’œuvre
de Hassan II fut également très importante.
Elle tenait dans une phrase qu’il aimait à répéter
: « le Maroc ressemble à un arbre dont les racines
nourricières plongent profondément dans la terre
d’Afrique et qui respire grâce à son feuillage
bruissant aux vents de l’Europe. ». Or, les racines
du Maroc sont très largement sahariennes. C’est
pourquoi le recouvrement de l’ancien Sahara espagnol
fut une cause non négociable pour Hassan II. En 1975,
devant les hésitations espagnoles, et inquiet des manœuvres
algériennes, le roi Hassan II eut alors l’idée
géniale d’envoyer des centaines de milliers d’hommes
et de femmes reprendre pacifiquement possession de cette partie
du territoire national perdue lors des partages coloniaux.
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Le jeudi 6 novembre 1975, la marche fut
lancée. Ce fut la «Marche verte» menée
par plusieurs centaines de milliers de marcheurs, Coran à
la main et dans un foisonnement de drapeaux marocains. L’Espagne
se trouvant devant le fait accompli, ne pouvant donner l’ordre
de tirer sur une foule de civils désarmés, signa
le 14 novembre l’accord tripartite Maroc-Mauritanie-Espagne
qui prévoyait le partage de l’ancienne colonie
espagnole entre le Maroc et la Mauritanie. Au Maroc, la partie
nord, c'est-à-dire la Saquia al Hamra, et à
la Mauritanie la partie sud ou Oued ad Dahab. Hassan II, avec
une grande habileté et un profond réalisme,
accepta d’ «abandonner» la partie méridionale
du Sahara occidental à la Mauritanie, pays devenu ami,
afin de se faire un allié de cette dernière
plutôt que de courir le risque de voir se créer
un pseudo-Etat sahraoui. L’Algérie et le Polisario
tentèrent de s’y opposer et de violents combats
éclatèrent dans l’ancien territoire espagnol.
Dans la zone marocaine, l’armée royale parvint
à contenir les assaillants alors que dans la zone mauritanienne,
de grandes difficultés survenaient obligeant le Maroc
à intervenir. Le 10 juillet 1979, un coup d’Etat
pro-algérien eut lieu à Nouakchott et la Mauritanie,
qui renversa ses alliances, remit l’Oued ad Dahab au
Polisario. Le 11 août, le roi Hassan II donna à
son armée l’ordre de l’occuper. Le Sahara
occidental était redevenu marocain et pour le souverain,
la réussite était réelle même si
le coût de cette politique était considérable,
le Maroc ayant consenti d’énormes sacrifices
pour mettre en défense puis pour moderniser ces immensités
désertiques. Cependant, les tensions entre l’Algérie,
base arrière du Polisario et le Maroc ne cessèrent
pour autant. En effet, depuis la «Marche Verte»,
l’Algérie mène une quasi-guerre contre
le Maroc, déclenchant des incidents plus au moins graves
jusque dans les années 1990.
Depuis 1970, une autre grande action de Hassan II sur le
plan de la politique internationale fut celle du rapprochement
israélo-arabe en vue de la paix au Moyen-Orient. Au
mois de mars 1981, le souverain, en recevant à Marrakech,
le chef de l’opposition israélienne, M. Shimon
Peres, ouvrait le long chemin qui visait à établir
la paix entre Israël et ses voisins arabes. Dès
1982, il réussit à persuader le roi Fahd d’Arabie
Saoudite que la politique arabe vis-à-vis d’Israël
était dans une impasse et qu’il convenait d’ouvrir
le dialogue avec l’Etat hébreu. C’est encore
lui qui, au mois d’août 1984, accueillit
dans son palais d’Ifrane, dans le moyen Atlas, le premier
sommet israélo-égyptien. Grâce à
son œuvre, Hassan II se fit une alliée de l’influente
diaspora juive marocaine, choisissant même pour ministres
ou conseillers des membres de la communauté juive.
C’est ainsi qu’il fit d’André Azoulay,
personnalité juive marocaine, né à Essaouira,
son conseiller pour les Affaires économiques et financières,et
qui occupe encore cette fonction sous le règne de Mohammed
VI.
Sur le plan diplomatique et économique, Hassan II
participa grandement au rapprochement entre le Maroc et l’Europe.
En effet, depuis plus de vingt ans, l’Union européenne
est devenu le premier partenaire commercial du Maroc dont
elle totalise plus de 60% des exportations. Le 23 juillet
1999 Hassan II meurt. Son fils aîné Sidi Mohammed
est proclamé roi sous le nom de Mohammed VI. Il hérite
d’un pays politiquement stable dans lequel son père
avait entreprit la modernisation des institutions du royaume
et de nombreuses réformes.
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En plus de son œuvre politique grandiose, Hassan II
ne négligea pas les arts. En faisant appel aux artisans
marocains pour la construction et la décoration de
ses nombreux palais, le souverain se présenta en véritable
mécène. La consécration de ce mécénat
se réalisa à la veille du XXIe siècle,
par la réalisation de la magnifique mosquée
Hassan II de Casablanca. Ainsi, le souverain a su rendre hommage
au talent de milliers d'artisans et assurer la reconnaissance
de ses techniques ancestrales.
La grande variété, la richesse des matériaux,
des techniques, des répertoires ornementaux de son
’architecture traditionnelle, ont fait du Maroc l’un
des rares pays du monde musulman à avoir su développer,
au fil des siècles, un langage architectural dont l'extrême
complexité, la géométrie, la sophistication
lui restent spécifiques. |
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| Le règne de Mohammed VI (1999 -
à nos jours) |
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Après la mort de SA Majesté Hassan II survenue
le 23 juillet 1999, l’aîné des fils du
défunt Roi, Sidi Mohammed, fut intronisé le
30 juillet 1999 sous le nom de Mohammed VI.
C’est un souverain de trente six ans, né après
l’indépendance, qui présidera donc aux
destinées du Royaume.
Dès son accession, le jeune Roi apporte un style différent
à la monarchie tout en préservant la spécificité
et la rigueur de l’héritage du passé.
Dès le début de son règne, le Roi n’hésite
pas à guider le Royaume dans le sens de la modernisation
de la société, ce qui n’ira pas sans provoquer
l’ire de certains extrémistes de tous bords.
Peu après l’avènement du Roi Mohammed
VI, le Maroc et l’Unesco signent à Paris, le29
octobre 1999, un protocole d’Accord pour la création
d’une Chair d’Université sur la femme et
ses droits au Royaume, et le même mois une institution
nationale pour la protection de la famille marocaine sera
créée à Rabat. Le Roi accordera son soutien
aux organisations féministes et, tandis que les politiques
avaient préféré éluder le débat,
c’est la volonté du Roi qui permettra au Maroc
de connaître une réforme révolutionnaire
entraînant des effets éminemment positifs : la
réforme du statut de la femme. La nouvelle Moudawana,
dont le mérite revient exclusivement au souverain,
a été saluée tant au Maroc qu’à
l’étranger comme une avancée réelle
dans le progrès social et la modernité. Elle
offre effectivement les moyens d’une meilleure protection
des femmes et des enfants, consolide les valeurs familiales
et permet à la femme comme à l’homme d’atteindre
leur dignité respective.
Autres signes forts vers cette démocratisation recherchée
par Mohammed VI, l’amnistie qu’il accordera, dès
le début de son règne, aux exilés et
opposants politiques, ainsi que l’indemnisation des
victimes des détentions arbitraires et des disparitions.
Le Roi Mohammed VI s’investira personnellement dans
le lancement de grands chantiers socio-économiques.
Le nord du pays connaîtra ainsi une mise en valeur significative
grâce à des projets structurants : infrastructures
portuaires, routières et ferroviaires, création
de zones industrielles, lutte contre l’habitat insalubre,
aménagement en eau potable des villages isolés.
Après le terrible tremblement de terre dont souffrira
la région d’Al Hoceima, un important plan d’action
sera entrepris pour le développement de la région
du Rif. L’aéroport de Casablanca va doubler sa
capacité d’accueil grâce à un important
pôle d’investissements industriels.
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Au plan international, Mohammed VI consolidera les relations
diplomatiques avec les pays arabes et africains grâce
aux nombreuses visites effectuées dans ces pays. Il
n’hésitera pas par ailleurs à afficher
ses relations avec les pays européens et américains.
Sa politique sans complaisance face à un terrorisme
qui vise à compromettre la démocratisation,
la modernisation et l’ouverture du pays, entraînera
une formidable mobilisation du peuple derrière un souverain
adulé.
Un accord d’association Maroc / Union européenne,
signé en 1996, est entré en vigueur en 2000,
comprenant des volets financier, commercial, et politique
et renforçant le dialogue et le respect des Droits
de l’Homme.
Un Accord de libre-échange Maroc/Etats-Unis, signé
en mars 2004, portant sur les relations commerciales, ouvre
les marchés marocain et américain aux produits
des deux pays en exonération des droits de douane.
Réformer, panser les blessures du passé, rétablir
l’équilibre entre tradition et modernité,
élever son Royaume au rang d’une nation démocratique,
respectée et prospère tels semblent constituer
le souci majeur du roi Mohammed VI. |
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