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| LES ALMOHADES (1147-1232) |
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Le mouvement almohade se déclenche
en 1125, sous le règne du souverain almoravide Ali
ben Youssef, avec l’installation de Ibn Toumert à
Tinmel, dans le Haut-Atlas. Il prône une rigoureuse
réforme des mœurs et accorde une place toute particulière
au thème de l’unicité divine, véritable
base de sa doctrine. La condamnation des pratiques malékites
constitue une autre composante de la doctrine qui porte directement
préjudice aux Almoravides.
C’est sur ces bases que repose la communauté
religieuse, puis politique, fondée par Ibn Toumert
des « Mowahidoun », des Unitaires, dont nous avons
fait les Almohades. Intellectuellement, ils représentaient
une protestation contre le légalisme conservateur du
malékisme qui prévalait en Afrique du Nord et
contre le goût de l’opulence que les Almoravides
avaient peu à peu adopté. Les Almohades se groupèrent
sous la bannière d’un puritanisme analogue à
celui des Almoravides au temps de leur conquête et entreprirent
alors une guerre sainte contre ces derniers. Une fois entré
en révolte ouverte contre les Almoravides, Ibn Toumert
prend alors le titre de Mahdi (homme annoncé par Dieu).
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| Abd El Moumen : Fondateur
de l’Empire almohade et premier calife du Maroc |
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En septembre 1130, le Mahdi meurt
sans avoir vu triompher ses aspirations. Son successeur Abd
el Moumen ben Ali, le Berbère Zénète
de Tlemcen, à qui sera prêté serment,
prend le titre de calife en 1133 après avoir passé
trois ans à concentrer ses efforts surtout sur le Sud
marocain. Ce souverain inaugure l’ère du califat
maghrébin en prenant le titre prestigieux d’Amir
al-Mouminin, Prince des croyants. Dès lors, ce titre
sera repris par tous les monarques du Maroc. Il est également
le fondateur de l’Empire almohade.
Après avoir soumis le Sud, les Almohades se tournèrent
vers le Nord, s’emparant de Taza et de Tétouan.
La mort d’Ali ben Youssef en 1143 entraîna diverses
dissidences qui profitèrent à Abd el Moumen.
De nouvelles tribus vinrent se joindre aux Masmoudas renforçant
l’alliance réalisée autour des Almohades
qui étendirent bientôt leur influence jusqu’aux
communautés Zénètes du Maghreb central.
La conquête des villes principales du Maroc atteindra
son apogée avec la prise de Fès en 1146 et celle
de Marrakech en 1147. Maître de la capitale almoravide,
le calife almohade décida d’édifier sur
les ruines du Dar al Hajar, le palais de ses ennemis vaicus,
une grande mosquée, la célèbre Koutoubiya.
Après la conquête du Maroc, Abd el Moumen entreprit
celle de toute l’Afrique du Nord qui, vers 1160 sera
désormais unifiée sous la domination marocaine
et s'étendra vers l’Est jusqu’à
Tripoli. Il fallait maintenant, pour récupérer
l’héritage des Almoravides, porter victorieusement
en Espagne les armes de l’Islam. Déjà
en 1146, alors que Marrakech n’était pas encore
tombée, Jerez et Cadix se livrent aux nouveaux maîtres
du Maroc. Dès 1147, Abd el Moumen envoie en Espagne
un corps expéditionnaire qui prend Niebla, Beja, Silves,
Badajoz et Séville puis Cordoue, Carmona et Grenade.
Les Almohades contrôlent alors tout le sud de la péninsule,
mais pas l’Espagne orientale. En 1157, les Almohades
reprennent Almeria aux Chrétiens et vers 1160, Abd
el Moumen fait fortifier Gibraltar.
Pour les arts et la culture, la conquête de l’Espagne
musulmane par les Almohades allait renforcer l’apport
d’influences hispaniques au Maghreb, processus déjà
déclenché par les Almoravides. Abd al-Moumen
meurt en 1163 à Salé d’où son corps
est transporté et inhumé à Tinmel, auprès
de celui du Mahdi. |
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| Le règne d’Abou
Yacoub Youssef (1163-1184) |
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Le règne du second calife,
Abou Yacoub Youssef, fils du Zénète Abd el Moumen
et d’une Masmouda issue d’une lignée de
notables de Tinmel, coïncide avec l’apogée
de la dynastie almohade. Pour la première fois depuis
l’époque de la paix romaine, les villes d’Afrique
du Nord connaissaient prospérité et stabilité
grâce à la paix marocaine. Dans la péninsule
ibérique, Abou Yacoub Youssef, contrôlant Al-Andalous,
entreprit en vain de conquérir la partie orientale
de l’Espagne musulmane. En effet, suite aux offensives
menées par le roi de Castille Alphonse VIII le Noble
contre Cordoue, Malaga, Grenade et Ronda, Abou Yacoub Youssef
décida d’accentuer ses efforts après avoir
repris Evora au même assaillant en 1181. C’est
au cours du siège de la ville portugaise de Santarem
en 1184 que le calife sera mortellement blessé. Il
fut enterré à Tinmel près de son père
et d’ibn Toumert.
Esprit curieux et ouvert, Abou Yacoub Youssef s'entourait
de lettrés et célèbres philosophes comme
Ibn Taifal et Ibn Rochd (Averroès) qui vécurent
à sa cour. Ses séjours à Séville
lui avaient fait apprécier les plaisirs et les raffinements
qui faisaient le charme de la vie de cour sur les bords du
Guadalquivir et c’est à Al-Andalous qu’il
donna la priorité tout au long de son règne.
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| Le règne d’Abou
Youssef Yacoub al-Mansour (1184-1199) |
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Abou Youssef Yacoub al-Mansour était le fils aîné
et l’héritier désigné d’Abou
Yacoub Youssef. Le nouveau souverain dût très
rapidement faire face à la pression chrétienne
grandissante en Espagne. C’est suite à la grande
victoire d’Alarcos (Al Araq) le 18 juillet 1195, qu’Abou
Youssef prit le titre glorieux d’al-Mansour (le Victorieux).
En réalité, tout comme la victoire remportée
à Zallaca par les Almoravides, celle d’Alarcos
ne faisait que contenir une poussée chrétienne
de plus en plus importante.. Yacoub al-Mansour mena de nombreuses
expéditions en Espagne mais également en Afrique
du Nord où un mouvement de rébellion grandissait.
Lorsque le calife meurt à Marrakech en 1199, la situation
est loin d’être définitivement clarifiée
aussi bien en Espagne qu’au Maghreb.
Yacoub al-Mansour a marqué la civilisation de son
époque par la cour brillante qui l'entourait à
Marrakech où affluaient savants, philosophes, poètes
et artisans, et par l’élaboration de projets
architecturaux grandioses. En effet, il laissa derrière
lui une imposante œuvre architecturale. Son règne
qui coïncide avec l’apogée de la dynastie,
voit s’élever à Rabat, la mosquée
de Hassan dont le minaret inachevé exprime le sens
de la grandeur almohade. A cette plastique monumentale répond
un décor large et aéré se prêtant
à l’austérité imposée par
le puritanisme des réformateurs. La mosquée
de Tinmel et la Koutoubiya de Marrakech présentent
aussi un certain monumental et une ornementation élégante
et sobre. Les portes imposantes au décor majestueux
et sobre et aux lignes épurées des grandes villes
comme Rabat et Marrakech reflètent également
la grandeur almohade. |
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| Le règne de An Nassir (1199-1213) |
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Fils d’Abou Youssef Yacoub, Mohammed
An Nassir eut beaucoup de difficulté à maîtriser
Ifriqiya où seules les grandes villes demeuraient soumises
à son autorité. Vers 1206, et après de
nombreuses expéditions, l’Afrique du Nord parut
ainsi pacifiée et la paix marocaine y règne
au cours de la première décennie du XIIIe siècle.
Les îles Baléares furent conquises en 1202. Le
règne d’An Nasir semblait donc continuer celui
de son glorieux prédécesseur. Il ne lui manquait
qu’à remporter en Espagne une victoire décisive.
Une victoire qui serait la suite logique du désastre
infligé aux Chrétiens à Alarcos en 1195.
Le destin en décida autrement.
La bataille de Las Navas de Tolosa (16 juillet 1212) où,
pour une fois, tous les princes chrétiens de la péninsule
formaient l’union sacrée contre le péril
commun, fut décisive pour le déclin des Almohades.
Un grand massacre dans les rangs marocains eut lieu et le
désastre fut considérable. An Nassir rentra
à Marrakech. Les Chrétiens n’exploitèrent
pas leur victoire mais le souverain marocain évaluait
bien l’ampleur de cet irréparable échec.
Il mourut l’année suivante, probablement empoisonné.
Il laissa le pouvoir à son fils al-Mostansir qui, tout
comme ses successeurs, fut incapable de redresser une situation
difficile devenue très complexe.
Le déclin de l’empire, entamé par la
défaite de Las Navas, va se prolonger jusqu’en
1269 avec le développement de nouveaux royaumes de
Taifas en Espagne favorisant les entreprises chrétiennes
et l’apparition de la menace représentée
par la tribu Zénète des Beni Merine qui donnera
bientôt au pays une nouvelle dynastie. Depuis 1228,
l’Espagne ainsi que l’Ifriqiya échappaient
à l’autorité marocaine. |
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| ŒUVRE ALMOHADE |
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Victorieux des Almoravides du désert,
les Almohades devaient à leur tour céder la
place à une nouvelle dynastie. Ils avaient donné
au Maroc médiéval sa plus grande extension ainsi
que l’éclat d’une civilisation née
de la symbiose étroite réalisée en l’espace
d’un peu plus d’un siècle par la vitalité
des peuples berbères et les raffinements de la culture
andalouse.
La période almohade représente l’age
d’or de la civilisation islamique du Maghreb. En effet,
jamais auparavant, l’économie, les arts et les
lettres, n’avaient atteint un tel degré de prospérité.
Economiquement, l’empire constitue, encore plus que
sous les Almoravides, l’intermédiaire obligé
entre l’Europe occidentale et l’Afrique subsaharienne.
Le dinar d’or almohade, par exemple, comme son prédécesseur
le dinar d’or almoravide, était pris comme référence
et comme monnaie de change sur les marchés d’Europe
où il était très prisé.
Concernant les arts et les lettres, la volonté des
souverains d'exercer un véritable mécénat
artistique et intellectuel fut prédominante. Un grand
nombre de savants, philosophes, poètes et artisans
furent attirés à la cour et protégés
comme Ibn Tofail, Ibn Rochd (Averroès) ou encore Maimonide.
Le mécénat almohade joua un rôle déterminant
dans le développement de la pensée et de la
création artistique.
La mosquée de Hassan, la Koutoubiya de Marrakech et
la Giralda de Séville, véritables chefs-d’œuvre
et reflet de la grandeur almohade, comptent parmi les réalisations
les plus grandioses de l’art islamique. Il en est de
même pour les portes monumentales des grandes villes
au décor majestueux comme Bab Agnaou à Marrakech.
Cette ville sous les Almohades devint l’une des plus
grandes capitales impériales du monde. Elle fut non
seulement la capitale politique de l’Occident musulman
mais encore son principal centre intellectuel.
Située au cœur du Haut-Atlas, Tinmel, berceau
de la dynastie, fit également l’objet de vastes
projets architecturaux. Elle fut dotée d’une
splendide mosquée dont les vestiges traduisent la magnificence
d’autrefois.
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